En 2019, le Mull and Iona Community Trust (MICT) a réussi à acquérir la propriété d’une forêt de 200 hectares située sur l’île de Mull, en Écosse. Cette acquisition a été rendue possible grâce au soutien financier du Scottish Land Fund et de nombreux autres donateurs généreux. Le soutien de la communauté a donné un élan à ce projet, et une enquête menée à l’échelle de l’île a mis en évidence la volonté de protéger et de valoriser l’environnement naturel comme une priorité. Anciennement propriété de Forest and Land Scotland, le site est devenu la « forêt communautaire d’Ardura », et des travaux ont été lancés pour déterminer la meilleure façon d’exploiter cet atout communautaire.
Parmi les premiers projets figuraient l'élaboration d'un plan d'action pour
la biodiversité
et la réalisation d'une étude dendrochronologique. Les résultats des carottages et de la datation des chênes et des houx présents dans les vestiges de cette ancienne forêt, associés à l’étude de cartes historiques et de la littérature, ont étayé nos décisions concernant la gestion future du site. Il s’est avéré qu’Ardura était une voie de transhumance utilisée pour acheminer le bétail vers les marchés, et non le site d’une communauté déplacée ou dépeuplée. Nous avons ainsi pu aller de l’avant en toute confiance avec des projets axés sur la
restauration
de la nature, plutôt que d’explorer des options visant à rétablir un village disparu — certaines de nos forêts voisines, appartenant à la communauté sur l’île de Mull, abritent des petites exploitations forestières destinées à repeupler ces zones. La datation dendrochronologique des
arbres
a permis de dater le plus ancien échantillon, un houx, de 1733. Elle a également mis en évidence que d’anciens chênes avaient été abattus délibérément pour permettre la
plantation
commerciale d’épicéas de Sitka.
Au cours des années suivantes, près de 110 hectares d’épicéas de Sitka arrivés à maturité ont été abattus, ce qui constitue la première étape de la restauration des forêts indigènes sur les sites de forêts anciennes plantées. Une grande partie de notre
travail
quotidien de
conservation
repose sur des bénévoles locaux qui se chargent de tâches telles que l’élimination des espèces envahissantes non indigènes, la plantation d’arbres, l’installation de barrages perméables et la
surveillance
des espèces. Parmi les technologies dont nous tirons actuellement parti, citons les pièges photographiques et les relevés thermiques par drone, qui viennent soutenir nos plans de gestion des cerfs. Lors des récents travaux d’exploitation forestière, le personnel du MICT et les sous-traitants ont utilisé des codes QR placés le long des cours d’eau pour surveiller la qualité de l’eau et signaler les incidents de
pollution
, ce qui a permis d’intervenir rapidement sur place.
À l’avenir, il faudra trouver un équilibre entre l’exploitation des nouvelles technologies et le lien qui unit notre communauté à un espace qui, en fin de compte, lui appartient. Cela peut jouer dans les deux sens. La surveillance acoustique passive des
oiseaux
et des chauves-souris est désormais plus abordable financièrement. Elle offre une méthode non invasive pour détecter les espèces sur le terrain, générant des données que des spécialistes, voire l’IA, peuvent analyser. Pour l’organisation, les avantages sont notamment une gestion allégée des bénévoles, davantage de données sur une zone plus vaste et sur une période plus longue, ainsi qu’une identification définitive des espèces. Cependant, nous souhaitons continuer à collaborer avec le groupe local de protection de la faune qui se porte volontaire chaque année pour mener des recensements d’oiseaux nicheurs. Par ailleurs, certaines technologies peuvent renforcer le lien avec la communauté en proposant de nouvelles façons de s’impliquer dans cet espace. Nous espérons installer des points de prise de vue fixes à travers la forêt et encourager un projet de science citoyenne visant à immortaliser l’évolution du
paysage
au fil du temps. Cela permet de transformer une activité habituellement réalisée en interne par le personnel en une initiative ouverte à l’ensemble de la communauté.
Allier technologie et communauté peut offrir des opportunités passionnantes, mais aussi poser des défis complexes. En réalité, ces deux éléments sont essentiels à la mise en œuvre d’un projet de restauration dans un contexte de
financement
en constante évolution, de contraintes de temps et de nécessité d’un suivi précis et fondé sur des données probantes. L’idéal serait que toutes les technologies soient pilotées par la communauté, offrant ainsi aux populations locales la possibilité de se former et de s’approprier les avancées technologiques. Heureusement, de nombreux projets forestiers gérés par les communautés à travers l’Écosse s’attaquent également à ces enjeux et présentent d’excellents exemples, allant de l’ensemencement de forêts par drone à la collecte de données LiDAR, en passant par l’étude des espèces grâce à l’ADN environnemental (eDNA). Nous pouvons tirer des enseignements de ces avancées technologiques et impliquer notre communauté dans cette démarche.
Image d'en-tête : vue aérienne prise par drone de la forêt communautaire d'Ardura, dans le cadre plus large de l'île de Mull.
Le matériel de l'Atlas des forêts intelligentes est libre d'utilisation à des fins non commerciales (avec attribution) sous une licence CC BY-NC-SA 4.0.
Pour citer cette histoire:
French, Rachel, "Ardura Community Forest: A Restoration Project," Smart Forests Atlas (2025), https://atlas.smartforests.net/en/stories/ardura-community-forest-a-restoration-project. DOI: 10.17863/CAM.129184.